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Realia, création de cosmétiques naturels

samedi 16 février 2008, par Pierre

Muriel Crestey élabore une gamme de soins épurés et sensuels aux actifs végétaux de Corse, vendus sous la marque Realia. Nous l’avons rencontrée sur un marché de Noël, en 2007, à Porticcio dans le golfe d’Ajaccio. L’ingénieur agricole et cosmétologue s’est aimablement prêtée au jeu des questions-réponses pour nous expliquer l’essence et le sens de son travail. Mais avant de « l’entendre », deux remarques : premièrement, la rigueur de sa démarche professionnelle et la volonté de ce petit bout de femme d’ancrer son projet, malgré toutes les embûches, dans la Corse rurale, au coeur de la Costa Verde, près de Cervione, nous ont séduit ; deuzio, et après avoir ramené les produits à la maison, nous avons été convaincus par leur qualité, avec une mention spéciale pour son nouveau démaquillant Readerma, une micro-émulsion à base d’actifs de l’olive et d’huile essentielle de clémentine, ainsi que sa lotion tonique après-rasage pour homme, au ciste, de la ligne Escapade. Génial !

evous : Quelle technique employez-vous pour confectionner vos produits cosmétiques naturels ?

Muriel Crestey : « À la différence des 6 ou 7 distillateurs de la filière plantes aromatiques en Corse, qui travaillent avec des plantes récoltées pour la plupart en cueillette, je m’appuie sur la culture de l’olivier. Je tire mon huile spécifique à la cosmétique d’un ancien verger conservatoire planté dans les années 1960 par l’Institut National de Recherches Agronomiques (INRA). Je l’ai récupéré en 2002 alors qu’il n’était plus utilisé depuis 20 ans. Le verger comprend une quinzaine de variétés, avec des clones différents par variété. Ce qui m’intéresse dans l’olive, en particulier avec les variétés vertes que je travaille, ce sont ses propriétés anti-oxydantes. »

evous : C’est cette huile d’olive que vous mixez avec des huiles essentielles de plantes ?

Muriel Crestey : « C’est ça, il s’agit en fait de micro-émulsions. Mais entendons-nous sur ce que vous appelez des huiles essentielles. Le parfum qui embaume l’air du maquis en été résulte de l’évaporation d’une partie des huiles essentielles. Les mêmes que celles laissées sur vos doigts lorsque vous froissez l’immortelle ou le romarin sauvage. On extrait ces huiles avec de la vapeur d’eau. Elles sont refroidies pour passer de l’état gazeux à liquide, puis recueillies après décantation. Le procédé que j’utilise est différent. Les extraits végétaux sont fabriqués à partir d’extraction à l’alcool, dans l’huile ou dans l’eau. Un peu comme une tisane. On obtient ainsi des molécules différentes de celles que l’on tire d’une huile essentielle. »

evous : Quelles plantes travaillez-vous ?

Muriel Crestey : « L’immortelle qui est l’odeur du maquis, la madeleine de Proust en version olfactive. Pour différentes raisons, je délaisse au contraire le thym sauvage, que l’on appelle ici erba barona, ou la lavande papillon (lavandula stoechas). Je préfère avoir recours au romarin. Notez que la distillation du romarin de Corse produit une huile essentielle plutôt antiseptique et relaxante parce que légèrement camphrée. Les propriétés sont différentes quand vous en tirez un extrait. Vous obtenez d’autres molécules qui sont les carnosoles, de puissants anti-oxydants. Je confectionne aussi une huile de millepertuis que les anciens connaissaient pour ses vertus cicatrisantes. C’est une huile rouge, très intense, presque cireuse tellement elle est épaisse. J’utilise aussi l’univers des bois avec le genévrier, le lentisque, le ciste qui ont de merveilleux parfums. »

evous : C’est naturel mais est-ce sans risque ?

Muriel Crestey : « Dans mon cas, je ne fais que de la cosmétique et développe donc des formules dans le total respect de la peau. Les tests dermatologiques sont là pour les valider. Mais d’une manière générale, il faut être très prudent dans l’usage des plantes. Un petit flacon d’huiles essentielles est comme une boîte de comprimés, il ne faut pas se tromper dans le dosage. Vous avez par exemple des huiles qui sont extrêmement corrosives comme le pin laricio, la menthe, le thym. Si vous mettez de l’eucalyptus pur sur un mouchoir et que vous respirez, vous pouvez facilement vous brûler les muqueuses. . »

evous : D’où tenez-vous cet intérêt pour un tel usage des plantes ?

Muriel Crestey : « J’y ai été sensibilisée par ma grand-mère en Touraine. En fait, toute la culture rurale accorde, ou accordait, une place importante aux plantes. En Corse tout particulièrement où la cuisine et la pharmacopée avec les plantes correspondent à des usages très anciens, et souvent très variés d’une vallée à l’autre. Je vous conseille de lire à ce sujet un livre édité par le Parc Naturel Régional de Corse (1) qui recense les différentes utilisations des plantes (médicinales, alimentaires ou symboliques). Il y a un savoir populaire traditionnel monumental. Le vocable est aussi très divers. Vous avez "a murza", l’immortelle en Corse du Sud, que l’on appelle plutôt "a murella" en Haute Corse. La menthe aquatique, du côté de Corte, c’est "pettirossi", alors que dans les autres régions on dit "mintrastu". »

evous : Quelle a été votre démarche professionnelle ?

Muriel Crestey : « Je suis ingénieur agricole de formation. Je dirigeais le Civam bio Corse. Après quelques années, j’ai eu envie de passer à autre chose. J’ai repris ces trois hectares d’oliviers mais il était impensable d’en vivre en misant sur la seule production d’huile alimentaire. J’ai été mise sur la piste de la cosmétique en m’inspirant des Italiens et des Espagnols qui pratiquent depuis plusieurs années déjà. J’ai commencé pas effectuer un DESS de cosmétologie à Liège en Belgique. Un an de formation à la faculté de médecine, dans le service de dermato-pathologie du professeur Gérald Piérard. Quelqu’un de formidable. »

evous : Vous y avez beaucoup appris ?

Muriel Crestey : « Énormément. La formulation, la technique de la micro-émulsion, les tests dermatologiques, la règlementation... C’est très précis. »

evous : Comment s’est passée la suite en Corse ?

Muriel Crestey : « Un an de galère administrative. Un vrai parcours du combattant. Je me suis sentie dénigrée. Tout le monde parle de l’innovation mais quand vous arrivez avec un projet innovant, il n’y a plus personne. Les gens n’ont pas de référence économique. Ils se méfient. J’ai eu raison de m’entêter. »

evous : Et votre implantation à Cervione, la capitale de la noisette en Corse ?

Muriel Crestey : « Très bien. Le président d’a Nuciola est M. Sforzini, quelqu’un qui m’a beaucoup encouragée. D’ailleurs, pour la grande fête thématique de Cervione (2), je propose une crème de corps à l’huile de noisette. »

evous : Où en est votre entreprise maintenant ?

Muriel Crestey : « Je termine la troisième année d’exploitation et je commence à vivre de mon métier. C’est beaucoup de travail. Quand je ne suis pas à l’atelier ou dans l’oliveraie, Je coure les foires rurales de Corse. Je suis persuadée de la qualité de mon produit. Et je pense que dans le monde de la cosmétique aujourd’hui, je propose une vraie alternative. Ma logique est d’amener une cosmétique très agréable à utiliser, qui procure beaucoup de bien-être sans qu’il y ait de doutes sur la composition et la qualité des matières premières (pas de parabène, de silicone, etc). Je défends aussi un projet de développement régional. Je vis là où je produits. En achetant mes produits, on défend aussi cela. »

evous : Où vendez-vous ?

Muriel Crestey : « Essentiellement par correspondance et via Internet. Mon souhait est de mettre en contact direct le producteur et le consommateur. Parce que je pense qu’au-delà de l’acte d’achat, il y a le lien, l’échange. Je fais aussi de la vente à l’atelier-boutique. J’en profite pour montrer comment je travaille et où je vis. »

(1) Arburi, Arbe, Arbigliule, ouvrage collectif, éd. PNRC, 304 p., 19 €

(2) Fêtes de la Noisette (Festa di a Nucciola), Cervione, mi-août

Pour découvir la gamme complète des produits Realia, les tarifs et passer commande, rendez-vous sur http://realiacosmetic.free.fr/


04.95.36.04.46.

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